Allergènes et commandes sur mesure : ce qu’il faut écrire
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Allergènes et commandes sur mesure : ce qu’il faut écrire

Allergènes et commandes sur mesure en pâtisserie : quelles informations demander, quoi écrire sur le bon de commande, comment distinguer allergie, intolérance et préférence, et surtout ce que vous pouvez réellement garantir à vos clients.

Par Équipe Pastria·

Allergènes et commandes sur mesure : ce qu'il faut écrire

La première fois que je me suis retrouvé au Japon à proposer de déguster des échantillons de pâtisserie, on m'a très vite fait remarquer que je devais poser systématiquement la question : êtes-vous allergique ? Peu importe si dans la plupart des cas les personnes avaient déjà mis le gâteau dans leur bouche alors que j'avais à peine fini ma question. J'avais fait le geste, le reste tenait de leur responsabilité. Et en France, c'est pareil. Un client vous demande un entremets sans fruits à coque. Un autre précise « C'est pour quelqu'un qui est allergique aux œufs. » Et puis il y a cette phrase, assez fréquente « Vous pouvez juste écrire sans allergènes sur le bon de commande ? » Et, là, très honnêtement la réponse est non, enfin, pas comme ça.

Quand une commande sur mesure comporte une contrainte liée à une allergie ou une intolérance, le problème n'est pas seulement de modifier une recette. Il faut aussi savoir exactement ce qui a été demandé, ce que vous avez accepté de réaliser et ce que vous pouvez réellement garantir. Et ça, il vaut mieux l'écrire. Pas pour transformer chaque commande de gâteau d'anniversaire en contrat de vingt pages. Simplement parce qu'entre « sans noisettes », « allergique aux noisettes » et « garanti sans traces de fruits à coque », il existe des différences assez considérables.

Voyons donc ce qu'il est utile de noter dans une commande sur mesure, ce qu'il vaut mieux éviter d'écrire et pourquoi la gestion des allergènes commence bien avant d'entrer en laboratoire.

Allergie, intolérance et préférence : ce n'est pas la même demande

Premier réflexe est de ne pas ranger pas toutes les demandes alimentaires dans la même case. Un client peut demander :

  • sans alcool ;
  • sans gélatine animale ;
  • sans lactose ;
  • sans gluten ;
  • sans arachide ;
  • sans fruits à coque ;
  • végétarien ;
  • végétalien ;
  • sans tel ingrédient simplement parce qu'il ne l'aime pas.

Pour votre organisation, ces demandes ne présentent évidemment pas toutes le même enjeu. Si quelqu'un vous dit « Je n'aime pas les noisettes. », vous pouvez essentiellement chercher une autre recette. Mais s'il vous dit « Je suis allergique aux noisettes. », la question change complètement. Vous devez alors vous intéresser non seulement à la recette, mais également aux ingrédients composés, aux produits utilisés dans le laboratoire et au risque de contamination croisée.

Le premier point à inscrire dans une commande est donc très simple : pourquoi l'ingrédient doit-il être évité ? Pas besoin d'établir un diagnostic médical. Ce n'est évidemment pas notre métier. Mais distinguer une préférence d'une allergie déclarée évite déjà beaucoup d'ambiguïtés.

Les allergènes à déclaration obligatoire

La réglementation européenne prévoit une liste de 14 substances ou produits provoquant des allergies ou intolérances qui doivent faire l'objet d'une information du consommateur lorsqu'ils sont présents dans une denrée. On y retrouve notamment :

  • céréales contenant du gluten ;
  • crustacés ;
  • œufs ;
  • poissons ;
  • arachides ;
  • soja ;
  • lait ;
  • fruits à coque ;
  • céleri ;
  • moutarde ;
  • graines de sésame ;
  • anhydride sulfureux et sulfites au-delà des seuils réglementaires ;
  • lupin ;
  • mollusques.

En pâtisserie, quelques-uns reviennent évidemment beaucoup plus souvent que les mollusques. Le gluten, les œufs, le lait, les fruits à coque, l'arachide, le soja et parfois le sésame sont présents dans quantité de recettes ou de matières premières.

Pour les denrées alimentaires non préemballées, l'information sur la présence des allergènes reste obligatoire. Elle doit être accessible au consommateur. Le fait qu'un gâteau soit réalisé spécialement pour une commande ne fait donc pas disparaître la question des allergènes. Au contraire. Comme le produit est personnalisé, vous allez souvent recueillir davantage d'informations que pour un entremets pris directement dans la vitrine. Autant les recueillir correctement.

Ce qu'il faut demander au client

Quand une contrainte allergène apparaît dans une commande, la question « Vous êtes allergique à quoi ? » est déjà un bon début. Seulement ce n'est pas toujours suffisant. Prenons, par exemple, votre client favori qui vous demande un gâteau « sans fruits à coque ». Parle-t-il uniquement de noisette ? De noisette et d'amande ? De tous les fruits à coque réglementaires (en sachant qu'il ne connaît pas forcément la réglementation) ? Veut-il simplement une recette qui n'en contient pas ou vous demande-t-il également une maîtrise du risque de contamination croisée ? Et un peu comme pour l'utilisation des IA génératives, c'est peut-être clair dans sa tête car il a toutes les données, mais vous ne les avez pas. Ces nuances sont pourtant très importantes !

Aussi la fiche de commande devrait donc permettre de préciser au minimum :

L'allergène concerné

Écrivez clairement Allergie déclarée : noisette plutôt que Attention allergie. Dans six jours, lorsque vous reprendrez la commande en production, vous serez content de savoir de quoi il était question.

Le niveau de demande

Par exemple Recette demandée sans noisette comme ingrédient. Ce n'est pas la même chose que Client demandant un produit adapté à une allergie sévère à la noisette. Dans le second cas, vous devez vous demander si votre environnement de production permet réellement de répondre à la demande. Et parfois la réponse sera non. Il faut savoir le dire.

« Sans » et « sans traces » ne veulent pas dire la même chose

C'est probablement le point le plus délicat.

Imaginons votre laboratoire. Le matin, vous avez réalisé un Paris-Brest. Puis un financier amande. Puis une ganache contenant une pâte de noisette. L'après-midi, un client vient chercher un gâteau qu'il vous a demandé « sans noisette ». Vous pouvez parfaitement avoir créé une recette ne contenant aucune noisette dans sa formulation. Cela ne signifie pas automatiquement que vous pouvez garantir l'absence de toute trace de noisette dans le produit.

La contamination croisée peut intervenir par :

  • le matériel ;
  • les plans de travail ;
  • les ustensiles ;
  • les contenants ;
  • le stockage ;
  • les matières premières ;
  • les poussières ou fragments d'autres productions ;
  • les manipulations successives.

La DGCCRF distingue d'ailleurs bien les allergènes présents dans la recette de ceux pouvant provenir d'une contamination croisée. C'est pourquoi il faut être extrêmement prudent avec une mention comme Garanti sans traces de fruits à coque. Si votre organisation ne permet pas cette garantie, ne l'écrivez pas. Ce serait rassurant pour le client mais ce serait aussi faux. Et entre rassurer quelqu'un et lui donner une information fiable, il faut choisir la seconde option.

Ce qu'il vaut mieux écrire sur la commande

Prenons un exemple concret.

Votre cliente (oui, celle-ci) commande un entremets chocolat-framboise pour huit personnes. Son fils est allergique à la noisette. Une information utile pourrait être formulée ainsi : Allergie déclarée par la cliente : noisette. Recette réalisée sans noisette comme ingrédient. Laboratoire utilisant des fruits à coque ; absence de traces non garantie. Information communiquée et acceptée par la cliente.

Cette formulation a plusieurs qualités car elle indique :

  • ce que le client vous a déclaré ;
  • ce que vous vous engagez à faire ;
  • la limite de cet engagement ;
  • le fait que cette limite a été expliquée.

Elle ne promet pas ce que vous ne maîtrisez pas. Et elle laisse une trace exploitable par l'équipe de production. Ce dernier point est important. La note ne doit pas seulement protéger la relation commerciale. Elle doit servir à fabriquer correctement la commande.

Évitez les formulations vagues

Certaines mentions paraissent pratiques sur un bon de commande alors qu'elles ne le sont pas en réalité.

« Gâteau sans allergènes »

À éviter !!! Il n'existe pas un allergène universel appelé « allergènes ». Une recette peut être sans gluten mais contenir des œufs, du lait, du soja et de l'amande. Écrivez les allergènes précisément.

« Adapté aux allergiques »

Même problème. À quels allergiques ? À quelle substance ? Avec quel niveau de maîtrise du risque ?

« Sans traces »

À n'utiliser que si vous êtes réellement capable de soutenir cette affirmation. La formule n'est pas une décoration commerciale.

« Le client prend la responsabilité »

Cette phrase est tentante mais elle ne transforme pas magiquement une information imprécise en information correcte. Si vous savez qu'une demande présente un risque que vous ne maîtrisez pas, le bon choix peut être de refuser la commande plutôt que de faire signer une phrase censée tout régler. Une signature n'est pas une machine à effacer les problèmes.

Quand faut-il refuser une commande ?

C'est la partie que personne n'aime beaucoup. Un client vous appelle un soir et vous dit « Ma fille fait une allergie très sévère aux arachides. Il ne faut vraiment aucune trace. Vous pouvez faire son gâteau ? » Votre laboratoire utilise régulièrement de l'arachide ou des produits portant des mentions de contamination possible. Vous n'avez ni ligne de production séparée, ni protocole permettant de garantir ce niveau d'absence. La bonne réponse n'est pas forcément « Oui, on va faire très attention. » Faire très attention est une bonne pratique. Ce n'est pas une garantie.

Dans ce type de situation, refuser une commande peut être beaucoup plus professionnel que l'accepter. Et vous pouvez expliquer : « Nous pouvons réaliser une recette sans arachide, mais notre laboratoire utilise cet allergène et nous ne pouvons pas garantir l'absence de contamination croisée. Compte tenu de la gravité de l'allergie que vous m'indiquez, je préfère ne pas vous donner une sécurité que je ne peux pas garantir. » Vous perdez peut-être une commande. Par contre, ce sui est sûr, c'est que vous gagnez quelque chose de plus important, à savoir une information honnête.

Une commande sur mesure doit transmettre l'information jusqu'au laboratoire

Autre problème fréquent. La personne qui prend la commande n'est pas toujours celle qui fabrique (ça peut arriver). La cliente explique longuement son allergie au comptoir et tout le monde a parfaitement compris. Seulement, trois jours plus tard, la fiche arrive au laboratoire avec la mention 8 personnes, chocolat framboise, inscription Joyeux anniversaire Emma. Oups, l'information essentielle a disparu quelque part entre la caisse et le batteur !

Le système de commande doit donc rendre l'information allergène visible, pas simplement stockée dans une note que personne ne lit.

Une bonne fiche devrait idéalement faire apparaître distinctement :

Information Exemple
Allergène déclaré Noisette
Nature de la demande Allergie
Adaptation demandée Recette sans noisette
Contamination croisée Absence non garantie
Information client Oui
Validation production À vérifier

L'idée n'est pas de créer davantage d'administration. C'est précisément l'inverse. Une information correctement structurée au moment de la commande évite trois appels téléphoniques, deux questions au laboratoire et le fameux « Attends... c'était quoi déjà son allergie ? »

Attention également aux ingrédients composés

Une recette ne contient pas toujours uniquement des ingrédients simples. Hé, oui, on a tendence à oublier ce petit détail qui n'en est pas un...

Prenons une pâte de pistache, un praliné, un chocolat, un décor, une préparation fruitée ou un mélange croustillant acheté auprès d'un fournisseur. Ces produits peuvent eux-mêmes contenir plusieurs ingrédients et plusieurs allergènes. Le fait que vous n'ayez pas ajouté directement du lait ou du soja dans votre recette ne signifie pas forcément que le produit fini n'en contient pas. Les allergènes présents dans les ingrédients d'une denrée préemballée doivent être déclarés et mis en évidence sur son étiquetage. Donc, votre meilleure source d'information reste donc la fiche technique ou l'étiquette à jour du produit que vous utilisez. Et pas votre mémoire, même si Alzheimer n'est pas client chez vous. Même si vous achetez la même couverture chocolat depuis huit ans. Une formulation fournisseur, ça peut changer !

Et la mention « peut contenir » ?

Vous voyez fréquemment sur les emballages Peut contenir des traces de fruits à coque. ou Fabriqué dans un atelier utilisant du lait, du soja et des fruits à coque. Ces mentions concernent un risque de présence involontaire lié notamment aux conditions de fabrication. Elles ne doivent pas être confondues avec les allergènes volontairement présents dans la recette. Pour une commande sur mesure, cela signifie qu'il faut idéalement distinguer deux informations :

  • Allergènes présents dans la composition
  • et Risques de contamination croisée identifiés

Tout mettre dans une seule case « allergènes » finit par rendre l'information beaucoup moins utile.

Les commandes en ligne compliquent encore un peu la situation

Au comptoir, nous pouvons poser une question, alors que sur une commande internet, beaucoup moins. Si votre formulaire propose Allergies / intolérances : avec une grande zone de texte libre, vous recevrez probablement un jour « Gluten fruits coque lactose merci » À vous ensuite de deviner ce que cela signifie exactement. Faut avouer, ce n'est pas idéal.

Une commande numérique devrait plutôt distinguer :

  1. Avez-vous une allergie ou une intolérance à signaler ?
  2. Quel allergène est concerné ?
  3. S'agit-il d'une allergie déclarée ?
  4. Avez-vous besoin d'être recontacté avant validation de la commande ?

Et surtout, une demande complexe ne devrait pas nécessairement être validée automatiquement. Si un client indique une allergie sévère, le logiciel peut très bien transformer la commande en validation nécessaire plutôt que commande acceptée, paiement effectué, rendez-vous samedi 10 h. Automatiser une mauvaise décision ne la rend pas meilleure (ça se saurait, surtout à l'heure de l'IA). Elle arrive simplement plus vite.

Où Pastria peut intervenir

Une commande sur mesure ne devrait pas être simplement un nom, une date et un parfum. Elle transporte des informations de production. Le nombre de personnes, les dimensions, le décor, le texte à inscrire, les contraintes de livraison... et les éventuelles contraintes liées aux allergènes.

Dans Pastria, l'objectif est précisément de faire circuler ces informations depuis la commande jusqu'à la production sans avoir à les recopier partout. Une information allergène correctement saisie au départ peut ainsi accompagner la commande dans son traitement, au lieu de rester griffonnée sur un papier posé à côté de la caisse.

Cela ne remplace évidemment ni vos procédures d'hygiène, ni votre connaissance des matières premières, ni la vérification humaine (et heureusement). Un logiciel peut rappeler qu'une commande comporte une allergie à la noisette. Il ne peut pas (encore) nettoyer votre maryse à votre place.

La checklist avant d'accepter une commande avec allergie

Lorsqu'un client signale une allergie, quelques questions suffisent :

  • Quel allergène est précisément concerné ?
  • S'agit-il d'une allergie, d'une intolérance ou d'une préférence ?
  • La recette contient-elle directement cet allergène ?
  • Un ingrédient composé peut-il en contenir ?
  • Mes fournisseurs indiquent-ils un risque de contamination croisée ?
  • Mon laboratoire utilise-t-il cet allergène ?
  • Puis-je réellement satisfaire le niveau de sécurité demandé ?
  • Ai-je expliqué au client ce que je peux garantir et ce que je ne peux pas garantir ?
  • Cette information apparaîtra-t-elle clairement pour la personne qui fabriquera la commande ?

Si une de ces réponses reste floue, ne transformez pas le flou en promesse. Posez une question de plus.

En clair

Une commande sur mesure avec allergène n'est pas compliquée parce qu'il faudrait remplir davantage de papier. Elle devient compliquée quand le client pense avoir demandé une chose et que le pâtissier pense en avoir promis une autre. Votre objectif est donc de supprimer cette zone grise.

Notez précisément l'allergène déclaré. Distinguez une recette « sans » d'une garantie d'absence de traces. Transmettez l'information jusqu'à la production. Et surtout, ne promettez jamais une maîtrise du risque que votre laboratoire ne possède pas.

Dire « Je peux réaliser la recette sans noisette, mais je ne peux pas garantir l'absence de traces » est parfois moins séduisant commercialement que « Aucun problème. » Mais en matière d'allergènes, « aucun problème » est précisément le genre de phrase qu'il vaut mieux réserver aux situations où vous en êtes réellement certain.


Sources :

  • Service Public — Quels allergènes doivent être mentionnés sur un produit alimentaire ?
  • Ministère de l'Économie / DGCCRF — Étiquetage des denrées alimentaires : les règles à connaître
  • Service Public — Boulanger-pâtissier : conditions d'accès et d'exercice en France
  • DGCCRF — Contrôle de l'information du consommateur sur les allergènes

À propos de l’auteur

Équipe Pastria partage ici les méthodes éprouvées en labo de pâtisserie. Pastria est un outil pensé par et pour les artisans pâtissiers indépendants.